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Dossier(s) : Personnages > Personnages Antiquité > Augustin d'Hippone Tagaste, auj. Souq-Ahras, 354 - Hippone, 430 © Hachette Livre et/ou Hachette Multimédia
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Saint Augustin
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Théologien latin. Père de l'Eglise. Augustin d'Hippone (Aurelius Augustinus), ou saint Augustin.
De l'éducation gréco-latine à la foi chrétienne
Né dans la province romaine de Numidie, Augustin fait l'objet de toutes les sollicitudes d'un père païen, fonctionnaire de l'Empire Romain qui le destine aux plus hautes charges dans l'administration impériale, et d'une mère chrétienne, la future sainte Monique, qui lui transmettra sa foi fervente. D'ascendance berbère et probablement punique, il sera élevé dans la culture romaine et ne connaîtra d'autre langue que le latin.
Le long périple qui le conduira jusqu'aux villes européennes débute après ses premières classes à Tagaste et à Madaure. A dix-sept ans, il arrive à Carthage. Tout en prenant part à la vie turbulente des étudiants de la capitale de l'Afrique romaine, il se forme à la rhétorique, à travers l'étude de Virgile, des historiens et des poètes latins. Mais il découvre seul la philosophie dans l'Hortensius de Cicéron, qu'il oppose à la Bible dans laquelle il voit un recueil d'histoires irrationnelles destinées à des ignorants. Il aspire à «l'immortalité de la sagesse». Ce goût pour la spiritualité n'apaise cependant pas ses passions amoureuses: à la même époque, le jeune Augustin prend une compagne, à qui il restera lié pendant plus de quinze ans. Devenu père en 372, il retrouve un équilibre inespéré en s'occupant de son fils Adéodat.
Eveillé à la philosophie, Augustin cherche obstinément une réponse à l'origine du Mal. Il rencontre alors des manichéens. Pour les disciples de Mani (216-277), le monde est partagé entre le Bien et le Mal, et les ténèbres de la Matière obscurcissent la lumière de l'Esprit. Séduit par la doctrine manichéenne, Augustin rejoint la secte dans son combat pour libérer la substance lumineuse que chacun porte en lui. Cette adhésion - qui durera neuf ans - lui redonne également l'espoir de libérer son âme de la prison de la chair.
Mais la rencontre décevante avec l'évêque manichéen Faustus précipite sa rupture avec une pensée dualiste - prisonnière de l'opposition de deux principes - qui n'admet pas la faculté de vouloir et nie la liberté et la responsabilité humaine.
En 374, Augustin est nommé professeur de rhétorique à Carthage, puis à Milan à partir de 384. Les œuvres des philosophes néoplatoniciens Plotin et Porphyre changent radicalement sa vision du monde et lui révèlent les joies de la contemplation. La lecture des Epîtres de Paul, l'influence de sa mère, Monique, et de l'évêque de Milan, Ambroise, l'amènent à se rapprocher des chrétiens. Comme il le raconte dans les Confessions, après «le remous de ses hésitations» il vit un moment intense de déchirement intérieur. Cette «componction» le décide à se convertir.
A l'automne 386, il écrit trois ouvrages, Contre les académiciens, la Vie heureuse et l'Ordre, qui font la synthèse des trois grandes traditions: platonicienne, chrétienne et érudite. En 387, dans la nuit de Pâques, il est baptisé à Milan par Ambroise.
Du baptême à l'épiscopat
Augustin et les siens décident de rentrer en Afrique. Lors d'une halte à Ostie, peu avant la mort de Monique, mère et fils font une expérience exceptionnelle d'extase. Pendant deux années de retraite, Augustin écrit un traité (Sur la musique), un dialogue avec son fils Adéodat sur la pédagogie divine (le Maître) et un ouvrage polémique contre les manichéens (la Vraie Religion).
Alors qu'il fonde un monastère à Hippone (aujourd'hui Annaba) peu après la mort de son fils et que sa réputation ne cesse de croître dans l'Afrique chrétienne, il est amené à accepter la prêtrise: au cours d'un office présidé par le vieil évêque Valerius, il est acclamé par l'assistance qui demande son ordination immédiate.
Dès lors, Augustin redouble d'activité: un débat public l'oppose, le 28 août 392, à un ancien ami manichéen, il dirige le monastère qu'il a installé dans le jardin de l'église à Hippone, et compose ses premiers commentaires sur les Psaumes.
Les travaux et les combats de l'évêque
Consacré évêque en 395, il succède à Valerius en 396, à Hippone. L'Eglise d'Afrique est divisée par le schisme des donatistes: les héritiers de l'évêque Donat, qui s'engagent dans le conflit des cultivateurs berbères contre les colons romains, prônent une «Eglise des purs». Le rôle d'Augustin sera capital dans la lutte et les querelles doctrinales contre le donatisme et les extrémistes qui résistent, par des coups de force, au contrôle catholique. En 405, quand un édit impérial soumet les donatistes aux lois frappant les hérétiques, il contribue efficacement à la dissolution de l'Eglise donatiste en Afrique et ne sait pas empêcher la répression sanglante. A la même époque, il compose plusieurs ouvrages contre le donatisme, deux traités majeurs, De la doctrine chrétienne, où il fait de la Bible la base de la culture chrétienne, et Sur la Trinité, sa principale œuvre dogmatique.
En août 410, Rome est envahie par les Goths et en partie brûlée. Pour Augustin, c'est un désastre sans précédent, mais il croit à la survie de l'Empire romain et chrétien. Contre l'idéal païen et ses valeurs, il construit alors le monument de la Cité de Dieu.
Après la victoire sur l'Eglise donatiste - dès lors rejetée dans la clandestinité et ses membres poursuivis avec minutie et cruauté -, Augustin mène un autre combat, cette fois contre Pélage, un ascète chrétien venu des îles Britanniques qui avait gagné à ses idées des disciples à Rome, en Afrique et en Terre sainte où il avait prêché la piété austère et l'obéissance absolue aux commandements de Dieu. Pour lui, le baptême est le début d'une vie héroïque, fondée sur la liberté de choix dans l'action. Attribuant une grande force à la volonté humaine, il rejette catégoriquement le «péché originel». Augustin défend contre Pélage sa conception de la grâce divine. Après plusieurs interventions auprès du siège épiscopal de Rome et à la cour de Ravenne, il obtient en 418 l'excommunication de ses adversaires.
La vieillesse d'Augustin est marquée par la bataille qui l'oppose à Julien d'Eclane, le chef des pélagiens après 418, qui l'accuse de répéter les enseignements reçus jadis des manichéens. Augustin le présente comme un intellectuel arrogant, un dilettante mondain. L'énigme et l'horreur du Mal assombrissent les dernières années d'Augustin. C'est alors qu'il compose son traité la Prédestination des saints. Il rédige aussi les Rétractations, remarques critiques, et surtout explicatives, sur ses propres ouvrages.
En 429 et 430, les Vandales envahissent l'Afrique du Nord et assiègent Hippone. Augustin, pris de fièvre, passe ses derniers jours à prier et meurt le 28 août 430.
Son oeuvre
Achevant la conversion de la culture
antique et inaugurant une
civilisation
nouvelle, l'œuvre immense d'Augustin connaît une
vie féconde à travers les siècles. Ses centaines de
lettres et de sermons sont des documents infiniment précieux.
Sa Règle dessine l'orientation du monachisme occidental.
Ses traités vont inspirer tous les théologiens de
l'Occident, et leur contenu est assez varié pour alimenter
dans le
christianisme les
réflexions les plus diverses. Sa pensée sur la
liberté, par exemple, a changé entre la réfutation
des manichéens et la polémique contre Pélage. Ses
idées sur la Trinité (dont il trouve des traces dans les
facultés de l'homme), sa conception de la prière, ses
recherches sur les rapports entre la foi et la raison, sur les
Ecritures, sur l'histoire et la destinée de
l'humanité, n'ont jamais cessé de guider (ou de
provoquer) croyants et philosophes. Quant aux Confessions,
récit poignant de son difficile cheminement à la
recherche de l'absolu, elles ont servi de modèle à de
nombreux écrivains.
De la doctrine chrétienne
Le traité De la doctrine chrétienne, entrepris
en 397, achevé trente ans plus tard, applique les
procédés de la rhétorique et de
l'interprétation des textes à l'Ecriture, en
unissant l'éloquence persuasive de Cicéron à la
densité philosophique de Sénèque. Il cherche à
rendre le prédicateur capable de transmettre le sens de la
Bible à un public non lettré et de communiquer
l'expérience de la vie parfaite que recèlent les
livres sacrés.
La Cité de Dieu
Avec la Cité de Dieu - l'ouvrage
destiné à répondre à l'accusation
païenne selon laquelle l'effondrement de Rome
en 410 était le résultat du bouleversement
religieux - Augustin propose une vision grandiose de
l'histoire de l'humanité. S'il considère
que tout empire est un «vaste brigandage», il affirme
cependant que l'amour de la gloire a conduit les Romains
à déployer des vertus remarquables. Or ces vertus ne
peuvent s'accomplir que chez les citoyens de la
Jérusalem céleste. Il oppose, en effet, la cité de
Dieu à la cité terrestre. Le conflit est symbolisé
par le contraste entre
Babylone, lieu
de l'exil, et Jérusalem, patrie de la libération.
Une cité fidèle à Dieu est aux prises avec une
cité assujettie aux anges rebelles, jusque dans
l'Eglise. Le jugement dernier du Christ les séparera. En
attendant, la société humaine doit vivre comme une
cité de «pérégrins»,
d'étrangers résidents dont le statut particulier
était familier aux hommes de l'Antiquité. Augustin
ne prône pas une fuite hors du monde, mais une attitude
d'obéissance totale envers Dieu, seul dispensateur des
biens, le séjour terrestre ayant lui-même une fin
providentielle. L'Eglise concrète participe, sans se
confondre avec elle, à la société conforme au plan
divin. Et tant que persiste «l'ordre des temps»,
même si le progrès est possible, le mélange
inextricable du Bien et du Mal caractérise tout Etat
politique, même l'Eglise.
Le conflit avec Pélage a amené
Augustin à formuler certaines de ses idées les plus
célèbres. Selon lui, toute l'humanité souffre
du péché, depuis Adam, et seule la grâce de Dieu
peut conduire vers la guérison sa nature qui est viciée
par cette faute originelle. La liberté de l'homme, en
elle-même, est impuissante. Ainsi la véritable
liberté, confirmation de la volonté dans le Bien par la
grâce, tend-elle à une perfection réservée
aux bienheureux dans l'au-delà. L'homme n'a pas
de mérites, le salut est un don absolument gratuit.
L'augustinisme
Augustin est le grand maître de la culture occidentale
jusqu'au XVII
e
siècle et, à travers
lui, l'idéalisme platonicien domine la théologie.
Ses thèses nourrissent la résistance à la
pensée de
Thomas
d'Aquin, au XIII
e
siècle; le thomisme se
réfère, lui, à
Aristote, et
donne plus d'importance aux données expérimentales
et construit une méthode ferme d'argumentation. Dès
le XIV
e
siècle s'opère la
fusion de l'augustinisme et du thomisme. A partir du
XVI
e
siècle, avec les
réformes protestantes, ce sont surtout les controverses au
sujet de la grâce divine qui mettent au premier plan
l'augustinisme. Pour
Luther et
Calvin, qui
affirment la toute-puissance, absolue et irrésistible, de
Dieu, la liberté de l'homme n'a pas de place dans
l'histoire du salut. La justification ne dépend pas des
œuvres, mais de la seule foi. Et Calvin élabore une
doctrine très précise de la prédestination. Au
XVII
e
siècle, les débats
prennent un nouvel essor, autour de Jansénius, pour qui la
grâce ne peut être obtenue par la conduite vertueuse,
la prière et la pratique des sacrements; même les
justes, pour accomplir les commandements, ont besoin de la
grâce efficace, octroyée par la seule miséricorde
de Dieu. La rigueur janséniste attire des êtres
d'exception, comme
Pascal. Quant au
pessimisme qu'elle engendre, il imprègne le
théâtre de
Racine, dont les
personnages apparaissent comme des réprouvés.
Les conflits suscités par
l'interprétation de l'augustinisme ont largement
contribué à la conception moderne de la condition humaine
et de la difficile liberté.
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