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Platon
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Toutes ces doctrines affirment à la fois que le pouvoir politique est nécessaire à la survie de l'espèce humaine et qu'il a un caractère artificiel: fondé comme une exigence de la survie de l'espèce en raison de l'insuffisante sociabilité naturelle de l'homme, le politique est plus une rupture, même bénéfique, qu'une continuation de la nature humaine.
Un don des dieux (Platon)
Dans Protagoras,
Platon propose un
récit mythique qu'il place dans la bouche du sophiste qui
donne son nom à ce dialogue. Ce mythe met en scène
Prométhée, qui dérobe aux dieux le feu et les
techniques permettant à l'homme de survivre, alors que,
contrairement aux animaux, il est naturellement démuni de
vêtements et d'armes, et qu'il doit donc satisfaire
ses besoins par le travail et l'intelligence.
Il s'agit d'une métaphore de
l'humanité qui, organisée sur cette base, est sans
cesse condamnée à se disperser, comme si le travail
satisfaisant les besoins n'était pas un lien social
suffisant pour assurer la cohésion du groupe. Pour que les
hommes vivent en communauté, il faudra que les dieux leur
fassent un don supplémentaire, celui de la politique, qui leur
permettra de vivre dans des cités stables.
La nécessité du politique (de saint Augustin à Luther)
La nécessité du politique, en
même temps que sa fragilité relative, est une des bases
de la théologie politique chrétienne, du moins dans la
lignée qui va de
saint Augustin
à
Luther.
L'homme, marqué par le péché originel, est
voué à la volonté de puissance, ce désir de
dominer (libido dominandi) évoqué par saint Augustin, qui
le pousse à la guerre, à la violence, comme
l'illustre l'histoire du peuple romain depuis ses origines
fratricides. Et l'humanité tout entière pourrait
être anéantie par les querelles qui la divisent et qui la
retournent contre elle-même. Un pouvoir politique limitant
autant que possible la violence est donc un bien relatif sur le
fond du mal absolu qui stigmatise l'humanité. Sans doute
la cité terrestre ne peut-elle connaître la même
paix que la cité de Dieu, où les hommes aiment le
Créateur et sont aimés de lui, mais la république
(au sens latin de «chose publique») peut éviter de
sombrer dans la violence extrême.
C'est pourquoi saint Augustin trouve
que le régne du cruel
Néron fut
supérieur à l'absence de pouvoir politique, et Luther
justifie la répression exercée par les princes allemands
contre les insurgés lors de la guerre des Paysans,
en 1525. Tous les régimes politiques n'ont pas la
même valeur, et
Auguste valait
mieux que Néron, mais tous sont supérieurs à
l'état de nature; en ce sens, l'existence d'un
pouvoir politique organisé, limitant la violence inscrite dans
le cœur de l'homme comme un signe métaphysique de sa
misère et de sa damnation, est un droit naturel de
l'homme: il lui assure la garantie, relative, du bien le plus
élevé, sa vie.
Pour sortir de l'état de nature (Hobbes)
Thomas Hobbes
propose une version rationalisée, radicalisée et
sécularisée de cette analyse dans Léviathan. A
l'état de nature, les hommes se jalousent, se disputent
sans frein, et ils sont dans une égalité réciproque
terrifiante puisque chacun a toujours assez de force pour en tuer
un autre et jamais assez pour préserver sa propre
sûreté. Si dans cette situation, qui est celle de la
guerre de tous contre tous (bellum omnium contra omnes), on peut
dire que l'homme est un loup pour l'homme, il faut dire
aussi qu'il s'agit d'un animal qui raisonne. Et un
calcul rationnel le conduit à renoncer à sa liberté
totale au profit d'un souverain, d'une institution
détentrice du pouvoir ultime, qui garantira la
sûreté des contractants au sein de la communauté. Le
passage de l'état de nature à la société
civile (commonwealth) est donc une aliénation de la
liberté dont le bénéfice est la survie, et même
plus, puisque l'existence d'une société
pacifiée permet à l'homme par son travail et son
activité d'accéder à une vie meilleure.
Hobbes situe donc le négatif dans
l'état de nature et le positif dans le politique, mais il
n'affirme pas pour autant que l'Etat aurait tous les
droits: si le souverain politique contredisait le principe qui
fonde son existence - l'obtention par les hommes
d'une vie dans la sûreté -, il perdrait sa
légitimité. Mais le philosophe anglais, en période
de guerre civile de religion, revendique pour l'Etat le
monopole du pouvoir politique ainsi que celui de
l'autorité théologique: l'existence d'un
mécanisme de double loyauté au sein de la
société civile, comme celui qu'entraîne
l'existence de l'Eglise catholique, introduit un principe
de division et d'hostilité qui peut produire un retour
à l'état de nature.
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