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Luther, Martin

Eisleben, Thuringe, 1483 - id., 1546
© Hachette Livre et/ou Hachette Multimédia

Sommaire

 Un moine à la recherche du salut
 Les différentes ruptures
 Les débuts du protestantisme

 



Martin Luther


Réformateur allemand. Homme de l'époque de Gutenberg, Christophe Colomb et Nicolas Copernic, Martin Luther a accompli une révolution religieuse à l'intérieur du christianisme, dont les conséquences sur la civilisation occidentale ont été et sont encore extrêmement importantes. Le père fondateur de la Réforme protestante a en effet profondément influencé les cultures germaniques et anglo-saxonnes.    

Martin Luther grandit dans le chef-lieu du comté, Mansfeld, où sa famille s'installa en 1484. Son père, mineur d'origine paysanne, parvint à une relative aisance et Martin put faire des études à Magbourg et à Eisenach, puis il entra à l'université d'Erfurt (bachelier en 1502, maître en philosophie en 1505).

Alors que son père souhaitait qu'il fréquentât la faculté de droit, il faillit être atteint par la foudre, ce qui le décida à devenir moine. Sa piété était marquée par les tendances de l'époque: vive conscience de la mort, notamment de la mort subite sans préparation spirituelle; inquiétude quant au jugement de Dieu.  
 


Un moine à la recherche du salut
Devenu moine chez les ermites de Saint-Augustin d'Erfurt, Luther est ordonné prêtre dès 1507. Il obtient son doctorat de théologie en 1512. En 1515, il est élu vice-provincial.

Luther est alors professeur d'Ecriture sainte à Wittenberg. Son enseignement le montre préoccupé par une quête spirituelle. Dès son entrée au couvent, il tente de combler, par diverses œuvres de mortification, la distance infinie qu'il ressent entre la sainteté de Dieu et la nature faillible de l'être humain. Mais, entre 1513 et 1519, il prend conscience que le salut n'est pas le couronnement de mérites humains, même acquis avec l'aide de la grâce, mais uniquement l'œuvre de la grâce de Dieu - lequel sauve gratuitement l'être humain -, et que la distance infinie qui sépare l'homme de son créateur est comblée par la venue sur terre de Jésus-Christ. La peur du jugement divin est ainsi apaisée: la vie chrétienne consiste à croire à l'amour de Dieu et non à accumuler les bonnes œuvres, qui permettraient de se racheter de ses péchés.

C'est notamment le rapprochement de la piété du Livre des Psaumes et de la prédication de l'apôtre Paul aux Romains - «Le juste vivra par la foi» - qui produit la conviction joyeuse de Luther et qui le mène vers une «expérience d'un amour divin, dont il se sent toujours indigne». Le chrétien est à la fois juste et pécheur. Dieu prend sur lui les péchés, la mort et l'enfer, mais l'homme reste un pécheur, parce que la convoitise du mal subsiste en lui.

 La découverte progressive de cette conception du salut amène Luther à prendre parti dans des débats précis, rejoignant ainsi la position des humanistes en faveur d'une réforme des études théologiques: il faut enseigner avant tout l'Ecriture et les langues bibliques pour pouvoir travailler sur les textes originaux. Par ailleurs, il s'opposa à Tetzel, prédicateur allemand qui vendait, au profit de la reconstruction de la basilique Saint-Pierre de Rome, des lettres d'indulgences. Celles-ci, puisées par l'Eglise dans le trésor des mérites du Christ, de la Vierge et des saints, permettent d'absoudre certains péchés et remettent une partie des peines du purgatoire. Le 31 octobre 1517, Luther rédige «95 thèses» contre la «vertu des indulgences» qu'il fait placarder sur les portes de la cathédrale de Wittenberg. L'invention de l'imprimerie permet une large diffusion du texte, qui passionne les intellectuels de l'époque.  
 

Les différentes ruptures
Estimant l'autorité du pape menacée, le Saint-Siège tente d'obtenir une rétractation. Luther répond qu'il faut lui démontrer, Ecriture à l'appui, qu'il est dans l'erreur. Il affirme alors («dispute de Leipzig», juillet 1519) que l'autorité de la Bible est supérieure à celle du pape, des conciles et du magistère.

Le 15 juin 1520, Léon X somme Luther de se rétracter, condamnant ses positions sur la grâce, le péché, les sacrements, la communion sous les deux espèces (bulle Exsurge Domine). Luther répond à cette mise en demeure en publiant, d'août à octobre 1520, trois écrits ayant valeur de manifestes. A la noblesse chrétienne de la nation allemande sur l'amendement de la condition de chrétien affirme le principe du «sacerdoce universel»: les laïques, de par leur baptême, sont des prêtres comme les clercs; il n'existe pas entre eux de différence «d'essence» mais seulement «de fonction».

Si le pape et le clergé ne réalisent pas la réforme de l'Eglise, il appartient aux laïques de la prendre en charge. Par ailleurs, la révélation biblique est directement accessible au lecteur qui a la foi. Le Saint-Siège n'a aucune autorité quand il contredit l'Ecriture. Prélude sur la Captivité babylonienne de l'Eglise soutient que l'Evangile est prisonnier à Rome, nouvelle Babylone. Les sacrements sont devenus des moyens d'asservissement au profit de l'Eglise; deux seulement sont bibliques: le baptême et la Cène. La messe n'est nullement un sacrifice. Le Traité de la liberté du chrétien décrit le chrétien comme «l'homme le plus libre»: «maître de toutes choses, n'est assujetti à personne». En même temps, il est «en toutes choses le plus serviable des serviteurs, et assujetti à tous».  

Ces écrits obtiennent un succès immédiat. Charles Quint donne l'ordre de brûler les livres de Luther, qui réplique en livrant aux flammes, avec ses étudiants, la bulle Exsurge Domine. En réponse, le 3 janvier 1521, une nouvelle bulle, Decet romanum pontificem, anathématise Luther et ses partisans. Cette rupture est entérinée par un constat de désaccord à la diète de Worms (avril 1521), présidée par Charles Quint. Luther déclare: «A moins qu'on ne me convainque par des attestations de l'Ecriture - car je ne crois ni au pape ni aux conciles seuls, puisqu'il est clair qu'ils se sont souvent trompés et contredits -, je suis lié par les textes scripturaires que j'ai cités et ma conscience est captive des paroles de Dieu. Je ne puis ni ne veux me rétracter en rien, car il n'est ni sûr ni honnête d'agir contre sa propre conscience.» A ces propos, l'official de Trèves réplique: «Abandonne ta conscience, frère Martin. La seule chose qui soit sans danger consiste à se soumettre à l'autorité établie.» Une boutade célèbre de Boileau dira que «tout protestant est pape, Bible à la main».  

Luther est mis au ban de l'Empire: il peut être arrêté et condamné à mort, mais Frédéric III le Sage le protège en lui donnant asile sous le nom de «chevalier Georges» au château de la Wartburg (mai 1521). Luther y écrit de nouveaux ouvrages pour préciser ses positions: il met en cause les vœux monastiques, qui, conçus comme une œuvre, sont pour lui contraires au salut par la grâce seule. Il commence la traduction en allemand du Nouveau Testament. Pendant ce temps, ses partisans les plus radicaux, conduits par André Karlstadt, imposent de nombreux changements à Wittenberg même, provoquant divers troubles. Inquiet, Luther reprend la tête du mouvement qu'il avait impulsé (mars 1522) et affirme que le renouvellement des pratiques doit s'opérer progressivement, au fur et à mesure de l'éveil des consciences. De fait, les cérémonies du culte ne seront modifiées qu'en 1526.  

Héros des différents contestataires, Luther est ainsi amené à rompre avec certains d'entre eux. Pour beaucoup, la nouvelle manière de comprendre l'Evangile doit entraîner un changement global de leur situation. Mécontente de son sort, la petite noblesse se rebelle en 1522, mais Luther refuse de se rallier à cette «révolte des chevaliers». Thomas Müntzer, un ancien disciple, prône désormais une théologie spiritualiste fondée sur la participation aux souffrances du Christ: il oppose le «Christ amer» au «doux Christ», attribué à Luther. Il se lie à un mouvement revendicatif de paysans, qu'il considère comme la «communauté des élus». Luther réclame d'abord la tolérance pour ses adversaires, rappelle aux princes le devoir de réformes et tente de détourner les paysans de la lutte armée (Exhortation à la paix). Mais l'embrasement est général et, peu de temps après, Luther rédige un libelle d'une grande violence, Contre les hordes meurtrières et pillardes des paysans, dans lequel il cautionne la répression brutale exercée contre ceux qui ont pris les armes (et se sont fait battre le 15 mai 1525 à Frankenhausen).  

Pour Luther, en effet, la résistance à l'autorité ne peut être que passive. Sa théologie des «deux règnes», le spirituel et le temporel, valorise l'émancipation du second, ce qui va à l'encontre de la conception médiévale. Les événements de 1525 y contribuent: institué directement par Dieu à cause du péché, le gouvernement temporel constitue une expression de son amour; il est nécessaire pour maintenir un minimum d'ordre public et assurer la cohésion du monde. Dans cette ligne théologique, le développement de l'Etat va se trouver valorisé.  

Une troisième rupture avec l'optimisme humaniste s'ajoute à celles opérées avec le nationalisme des chevaliers et la révolte sociale des paysans. Elle prend la forme d'une controverse avec Erasme - proche de lui cependant sur certains points (comme la nécessité d'un renouveau biblique) -, qui soutient que l'homme participe en partie à son salut. A la fin de 1525, Luther réplique par le De servo arbitrio (Du serf arbitre), où il réaffirme avec vigueur que le salut est un don de Dieu.  
 

Les débuts du protestantisme
La même année, Luther épouse une ancienne religieuse cistercienne, Catherine de Bora. Ils auront six enfants. Les joies que procure une famille unie sont considérées comme un don de Dieu par Luther, qui refuse le célibat des ecclésiastiques. Dans le protestantisme, la famille pastorale aura tendance à devenir un modèle de famille chrétienne.  

L'organisation nouvelle se précise à partir de 1526, date à laquelle se constitue un protestantisme luthérien, dont Philippe Melanchthon, principal collaborateur de Luther, va être un important artisan. D'autres mouvements de réforme s'organisent également en subissant plus ou moins son influence, mais la situation politique des novateurs est fragile: à la seconde diète de Spire (avril 1529), des mesures sont prises contre eux, auxquelles ils répondent par une «protestation»: ils seront désormais qualifiés de «protestants». Une alliance est alors recherchée entre les mouvements réformateurs allemand et suisse. Mais le colloque de Marburg (octobre 1529) n'aboutit pas à un accord doctrinal complet. Une entente est réalisée sur quatorze points; le quinzième, qui concerne la Cène, reste conflictuel. Il y a un consensus pour la communion sous les deux espèces et pour le rejet de la doctrine catholique de la transsubstantiation (conversion des substances du pain et du vin en substance du corps et du sang du Christ). D'après Luther, les paroles du Christ «ceci est mon corps, ceci est mon sang» signifient que, lors de la Cène, le pain et le vin sont, en même temps, pain et vin et corps et sang du Christ (doctrine de la consubstantiation). Zwingli, au contraire, considère la Cène comme un mémorial de la mort du Christ et un symbole de sa présence (doctrine sacramentaire). Le protestantisme reste une réalité plurielle, et Luther ne sera qu'un réformateur parmi d'autres, même s'il est toujours considéré comme le père spirituel de la Réforme.  

Luther continue ses activités de professeur et de théologien. Il est l'initiateur du genre littéraire du catéchisme (l'Eglise catholique en rédigera un, à son tour, pour contrer l'influence du protestantisme) et publie, en 1529, le Grand Catéchisme, destiné aux prédicateurs, ainsi que le Petit Catéchisme, pour les enfants. D'une manière générale, il se montre favorable à l'instruction et propose, en 1530, de rendre l'école obligatoire. L'appel au «sacerdoce universel» nécessite que chaque chrétien maîtrise sa religion et lise l'ensemble des textes de la Bible, dont la traduction complète par Luther paraît en 1534. Celle-ci est capitale, sur un plan littéraire, car elle a contribué à remplacer les nombreux dialectes germaniques par une langue unique, l'allemand moderne.  

Luther a également joué un rôle important dans l'évolution de la musique: dans le cadre de la piété catholique, cette dernière pouvait être une bonne ou une mauvaise œuvre; la monophonie et le son grégorien étaient privilégiés, les autres genres pouvant être considérés comme diaboliques. Luther fait de la musique une des conséquences de la liberté évangélique, étrangère à l'idée de salut; il compose lui-même le texte et la mélodie de 36 cantiques. C'est à travers la parole que la musique peut avoir une dignité théologique en elle-même: elle est une réalité terrestre, et le plaisir esthétique n'est pas condamnable. C'est pourquoi Luther se montre un partisan de la polyphonie.  

Sur le plan politique, les périodes de conflit alternent avec les périodes de négociation, mais Luther, toujours au ban de l'Empire, ne franchit pas les frontières de l'électorat de Saxe. Il ne participe donc pas à la diète d'Augsbourg (1530), où Melanchthon rédige une confession de foi, la Confession d'Augsbourg, qui tente de minimiser les désaccords doctrinaux avec le catholicisme. Luther le dissuade cependant d'aller plus loin dans la voie du compromis. Lui-même rédige dans la perspective d'un concile les Articles de Smalkalde (1536). Mais c'est Melanchthon qui représentera le protestantisme luthérien, car Luther n'est pas invité aux colloques de Haguenau, de Worms et de Ratisbonne. En 1545, un concile est convoqué à Trente (Italie) par le pape Paul III. Les protestants refusent de s'y joindre, et Luther écrit un pamphlet virulent, Contre la papauté romaine fondée par le diable. La rupture est complète: le concile s'ouvre le 13 décembre 1545. Luther meurt au cours d'un séjour dans sa ville natale, le 18 février 1546.

 
Pour en savoir plus
Les idées de Martin Luther




 
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