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Biographie
Homme politique, orateur et écrivain romain. En latin Marcus Tullius Cicero. Né d'une famille équestre honorable mais obscure, Marcus Tullius Cicero reçoit à Rome une éducation très complète auprès des maîtres latins et grecs. Il étudie la philosophie avec Philon ( néoplatonicien), avec Phèdre (épicurien), et plus tard avec le stoïcien Diodote.
Après avoir servi pendant la «guerre sociale» (91 av. J.-C.), il se fait remarquer au barreau par sa brillante défense de Sextus Roscius contre un affranchi de Sylla, alors tout-puissant. C'est seulement après la mort de ce dernier que Cicéron, au retour d'un voyage à Athènes et en Asie, au cours duquel il s'est perfectionné auprès des philosophes et des rhéteurs, entrera vraiment dans la vie publique. En 79 (il a 29 ans), il épouse Terentia, qui lui apporte une dot de 120'000 drachmes. De ce mariage naîtront deux enfants: Tullia et Marcus. Cicéron prend alors place au Forum, à côté des grands orateurs, et entame la carrière des honneurs (cursus honorum).
En 75, Cicéron est nommé questeur en Sicile; c'est au cours de cette magistrature qu'au nom des Siciliens il prononça contre le propréteur Verrès la fameuse plaidoirie des Verrines, quatre discours qui, derrière la personnalité de l'accusé, mettaient en cause les excès des gouverneurs, qui tiraient de scandaleux profits de leurs provinces, et la prééminence politique des grandes familles sénatoriales. Edile puis préteur en 66, Cicéron entre dans la carrière sous la protection de Pompée et se place ainsi du côté de l'aristocratie conservatrice. Une fois consul (63), il déjoue la conjuration du conspirateur Catilina, qui préparait un coup de force populaire contre la République sénatoriale. La vigueur des Catilinaires persuade le sénat de prononcer l'état de siège, et Cicéron fait exécuter les complices du conspirateur dans leur prison, action parfaitement illégale.
Lorsque César, consul en 59, forme avec Crassus et Pompée le premier triumvirat, le parti des modérés est mis en minorité et Cicéron se voit poursuivi par le tribun du peuple, Clodius, pour l'exécution des conspirateurs. Devançant la sentence d'exil, il quitte Rome, tandis qu'on ordonne la confiscation de ses propriétés. Rappelé en 57, il rentre en possession de ses biens, au prix de son alignement sur les triumvirs. Se retirant quelque peu de la vie politique, il rédige alors plusieurs œuvres théoriques (De oratore, De republica). En 51, il part, en qualité de proconsul, gouverner la Cilicie. A son retour, la rupture de l'alliance César-Pompée plonge Rome dans la guerre civile. Cicéron hésite longtemps avant de suivre Pompée, puis, après la défaite de Pompée à Pharsale, il requiert le pardon de César, qui le lui accorde.
A ses déboires politiques s'ajoutent les malheurs privés: il perd sa fille Tullia et divorce d'avec Terentia. Résigné à la dictature de César, il trouve une consolation dans la retraite et la philosophie. A la mort de César, il ne peut cacher sa joie et tente de revenir au premier plan. Mais les ambitions d'Octave et d'Antoine ne lui permettent qu'un effort désespéré pour sauver la République. Il prononce ses quatorze Philippiques contre Antoine, qui devient son ennemi mortel. Aussi, quand Octave se rapproche de celui-ci et forme avec lui et Lépide le second triumvirat, Cicéron n'a plus qu'à mourir. Proscrit, il est égorgé à Formies le 7 décembre 43. Sa tête et ses mains furent exposées sur la tribune aux harangues.
L'homme politique
Cicéron, issu d'une famille
jusqu'alors inconnue, était un homo novus (un homme
nouveau); il eut donc quelques difficultés à se faire
admettre par l'aristocratie romaine. Néanmoins, c'est
elle qui favorisa sa carrière et, durant son consulat, un de
ses premiers soins fut de faire repousser une réforme agraire
qui aurait distribué les terres de l'Etat à la
plèbe indigente. D'autre part, il plaida, à
l'occasion de l'affaire Catilina, la réconciliation
des chevaliers pour la formation d'un parti du centre qui
lutterait contre la corruption et défendrait les institutions
contre la dictature menaçante. Mais ses appels à la
réconciliation des classes restèrent vains. Si,
lorsqu'il en eut le choix, Cicéron se montra partisan du
régime sénatorial, son attachement à Pompée et
le rapport des forces dans la Rome des triumvirs lui firent
accepter l'idée d'une évolution autoritaire du
pouvoir: dans le De republica, il souhaite qu'un protecteur, un
prince, vienne assurer le bon fonctionnement du régime
sénatorial. Ce n'est donc pas sans
arrière-pensée que Cicéron se rallia à
César, dont les assises populaires le rebutèrent
toujours: sa mort brutale fut pour lui l'ultime occasion de
tenter un retour à la Rome républicaine, mais la force de
la plèbe et l'ambition de ses leaders étaient
désormais trop grandes.
Dans ses traités politiques,
Cicéron se fait le continuateur de la république
platonicienne, avec néanmoins une vision plus pragmatique. Son
De legibus fait reposer les lois écrites de la cité sur
un droit naturel; ce souci de rattacher le politique et le
judiciaire à un fondement philosophique lui vaudront
d'être un des auteurs favoris du
siècle des
Lumières.
Le philosophe
A trois occasions au moins Cicéron
fut tenté de se consacrer entièrement à la
philosophie. Sa vie d'homme politique, sa formation juridique
lui en firent surtout retenir les aspects moraux et pratiques.
Lecteur éclectique, Cicéron montre dans ses œuvres
une grande admiration pour les penseurs grecs (platoniciens,
épicuriens, stoïciens), dont il discute les
systèmes. Mais c'est en marge de ces philosophies que sa
propre réflexion se développe: il attend une éthique
qui réponde aux difficultés de la vie, à
l'adversité et à la vieillesse. C'est ainsi
qu'après Pharsale et la mort de Tullia, ses Tusculanes et
le De senectute le montrent de plus en plus proche de la
résignation paisible des stoïciens.
L'orateur
On convient d'accorder à
Cicéron un tout premier rang dans l'éloquence
judiciaire et politique. Il laisse de grandes plaidoiries
(Verrines, Pro Milone, Pro Murena), qui sont, en fait, des
œuvres de cabinet, écrites et retravaillées
après avoir été prononcées. Entre les
néo-attiques au style sobre et pur, et les asiatiques aux
tournures plus libres et fantaisistes, il se rattache à
l'école de Rhodes, qu'il eut l'occasion de
pratiquer longtemps avec son maître Molon. Ses grands discours
politiques (Catilinaires, Philippiques) montrent un grand art de la
composition, lié à une aisance dans le maniement de
l'ironie et de l'invective qui lui valut d'être
loué par ses contemporains et qui fait de lui l'auteur
exemplaire pour l'étude du latin.
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