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Etat (163'610 km2 ) limité à l'ouest par l'Algérie, au sud-est par la Libye, au nord et à l'est par la mer Méditerranée. La Tunisie occupe une place singulière dans le Maghreb et dans l'ensemble méditerranéen. Terre romaine puis ottomane, l'ancienne Ifriqiya des Arabes, à la pointe septentrionale du continent, a été marquée depuis l'indépendance par trente années de pouvoir de Habib Bourguiba et par le passage d'une politique socialiste à une orientation plus libérale.
Préhistoire
De nombreuses traces d'industrie
humaine datant du
paléolithique
inférieur témoignent de l'ancienneté du
peuplement. A une civilisation littorale dite
ibéro-maurusienne et à une autre, capsienne - de
Capsa, nom antique de l'actuelle Gafsa -, succéda le
néolithique jusqu'au II
e
millénaire. Cependant, l'histoire
ancienne des premiers habitants du pays, les Berbères (dont le
nom dérive de barbaroi, terme par lequel les Grecs
désignaient les peuples ne parlant pas leur langue), n'est
le plus souvent connue que par celle de leurs conquérants.
L'Antiquité
La Tunisie entre dans l'histoire avec l'expansion des Phéniciens qui, cherchant à développer leur réseau commercial, fondèrent une série de comptoirs dans le bassin occidental de la Méditerranée et au-delà du détroit de Gibraltar. Celui de ces comptoirs qui connut le développement le plus considérable fut Carthage, fondée sur la côte tunisienne par des Tyriens en 814 av. J.-C. (date traditionnelle).
Entre le VIe et le Ve siècle, la rivalité avec les Grecs amena Carthage à développer ses ressources propres; contrôlant bientôt tout le nord-est du pays, cette colonie renforça son autorité sur les autres comptoirs phéniciens de la côte d'Afrique au cours du V e siècle av. J.-C. Elle entreprit alors de plus lointaines reconnaissances vers le nord, attirée par le commerce de l'étain, et vers le sud, pour bénéficier du commerce de l'or avec le Soudan.
Au début du IIIe siècle av. J.-C., Carthage s'affirmait comme une grande puissance maritime et commerciale, mais son incapacité à intégrer les populations berbères indigènes dans sa civilisation allait la rendre vulnérable lorsque les Romains supplantèrent les Grecs comme principaux concurrents. Rivales pour la maîtrise de la Méditerranée occidentale, les deux puissances entrèrent en conflit (les guerres puniques). La possession de la Sicile était au centre des enjeux qui allaient opposer à trois reprises les deux cités à partir de 264 av. J.-C.
Une révolte des Berbères durant la première guerre punique (264-241 av. J.-C.) contribua à éviter la victoire de Carthage sur Rome. La victoire d' Hannibal à Cannes en 216 av. J.-C. donna un moment l'avantage à Carthage mais, à l'issue de la deuxième guerre punique (218-201 av. J.-C.), la victoire romaine, encore une fois facilitée par une révolte des Berbères sous la conduite de leur roi Massinissa, se matérialisa par la conquête de nombreux territoires carthaginois. Enfin, à l'issue d'une troisième guerre (148-146 av. J.-C.), Rome écrasa définitivement Carthage et s'installa sur les décombres de la ville après l'avoir rasée.
Partie intégrante de la République puis de l'Empire, avec la Numidie, la Tunisie antique devenue la province de l'Africa Proconsularis, devint alors pendant six siècles le siège d'une brillante civilisation romano-africaine.
Au IIe siècle le christianisme y fit souche, et la province vit naître de prestigieux hommes d'Eglise en saint Cyprien (IIIe siècle) et saint Augustin (IVe siècle). En 429, menés par leur chef Genséric, les Vandales franchirent le détroit de Gibraltar ; dix ans plus tard, après s'être rendus maîtres d'Hippone, ils entrèrent dans Carthage, où ils s'installèrent pour près d'un siècle. Mais les Vandales se révélèrent incapables de contenir les tribus hostiles qui s'agitaient aux frontières de leur territoire, et leur défaite devant les Berbères, en 530, fournit à l'empereur Justinien l'occasion de s'emparer du territoire (533).
Toutefois, en proie à d'incessantes querelles et luttes religieuses, les Byzantins ne purent pas davantage intégrer dans la structure de leur empire les Berbères qui se soulevèrent plusieurs fois. En 647, la première vague de l'expansion arabe emporta Sufetula (Sbeïtla), capitale du patrice Grégoire; d'autres expéditions suivirent et Carthage fut détruite en 698. Thèmes associés
L'arabisation
Contrairement aux précédents
envahisseurs,
les Arabes ne se
contentèrent pas d'occuper la côte et entreprirent de
conquérir l'intérieur du pays. En 670, Oqba Ibn Nafaa
fonda à Kairouan la capitale de l'Ifriqiya. Après
avoir une fois de plus vaillamment résisté, les
Berbères, après la défaite de la Kahina, se
convertirent à
la religion de leurs
nouveaux conquérants.
Toutefois, refusant l'assimilation,
ils furent nombreux à rejeter la religion dominante et
à adhérer au kharidjisme, hérésie née en
Orient, proclamant l'égalité de tous les musulmans,
sans distinction de races ni de classes. En 745, les kharidjites
berbères s'emparèrent de Kairouan. Province
omeyyade
jusqu'en 750, abbasside jusqu'en 800, aghlabide
jusqu'en 909, l'Ifriqiya tomba ensuite entre les mains
des chiites fatimides (909-973). Lorsque ces derniers partirent
pour l'
Egypte, la
Tunisie échut au Berbère Bulukkin (ou Bologgin) ibn
Ziri.
Au milieu du XI
e
siècle, lorsque les Zirides
rompirent avec le chiisme, les Fatimides, pour se venger,
lâchèrent sur le pays les nomades Banou Hilal
(Hilaliens). Fragilisée, l'Ifriqiya sombra alors dans un
long désordre. Elle ne retrouva sa stabilité et la
prospérité que sous les Hafsides (1236).
Thèmes associés
Des Ottomans aux Français
A la fin du XVIe siècle, les Ottomans, qui portent le plus grand intérêt à la Méditerranée occidentale, font de la Tunisie une de leurs provinces, après que Tunis eut été prise par les Espagnols (1535). Au bout de quelques années d'administration turque, le pays est gouverné par un bey (1590), puis par une dynastie beylicale fondée par Murad Ier (1612-1631). Sous les Muradides, puis lors des premières décennies de règne de leurs successeurs, les Husaynides (1705-1957), le pays connaît un incontestable essor économique.
Mais au XVIIIe siècle, le détournement vers l'Atlantique d'une grande partie du trafic commercial ainsi que la mauvaise gestion beylicale entraînent l'asphyxie financière d'une régence convoitée par les Européens. En 1881, prétextant une incursion khroumire en Algérie, Jules Ferry décide une expédition punitive qui débouche sur le traité du Bardo (12 mai 1881).
Le protectorat français
En 1883, après avoir maté
un soulèvement de tribus,
les Français
confient l'organisation de la conquête au résident
Paul Cambon. Devenu résident général en 1885, Cambon
place aux côtés du bey et de son Premier ministre un
secrétaire général chargé de contrôler
leurs décisions et remplace les ministres tunisiens par des
directeurs techniques français. Ses successeurs continuent son
œuvre de «francisation» de la Tunisie.
Après une période
d'administration militaire (1883-1884), des contrôleurs
civils venus d'Algérie se substituent aux caïds
locaux. Le développement économique a pour
conséquence la formation d'une bourgeoisie
réformiste et la montée du nationalisme. Exclus de la
gestion des affaires de leur pays, les Tunisiens commencent
à réclamer leur indépendance. En 1907, Ali Bach
Hamba et Hedi Sfar créent le groupe des Jeunes Tunisiens.
En 1911, une émeute déclenchée à Tunis
au moment de la guerre italo-turque donne le point de départ
d'un mouvement d'opposition organisé, mais celui-ci
fait aussitôt l'objet d'une très dure
répression. Le mouvement des Jeunes Tunisiens ne pourra
réapparaître qu'après 1918.
Après
la Première
Guerre mondiale, la quête de libération,
animée d'abord par les destouriens, ensuite par les
néodestouriens, gagne en détermination. La
création, en 1920, du Destour relance le mouvement
nationaliste. Le mouvement est touché par l'arrestation
et l'exil, en 1925, des leaders de la
Confédération générale des travailleurs
tunisiens (CGTT). Une dynamique nouvelle résulte de
l'orientation spécifiquement tunisienne, libérale
et laïque donnée, en 1933, au Destour par Habib
Bourguiba.
En 1934, la rupture se produit avec
le Vieux Destour. Les chefs du Néo-Destour sont
déportés dans le Sud, puis libérés, en 1936,
par le gouvernement Léon Blum qui ouvre des négociations
interrompues par la chute du ministère en juin 1937. Des
incidents sanglants se produisent, en juillet 1937, et
provoquent à nouveau l'arrestation des chefs du
Néo-Destour et, en 1938, la proclamation de
l'état de siège
La marche vers l'indépendance
La Seconde Guerre
mondiale interrompt à peine l'action des
nationalistes; dès la fin des années 1940, le
mouvement prend de l'ampleur. Pour avoir tenté de
canaliser à son profit les idées nationalistes, Moncef
bey est déposé après la campagne de Tunisie qui met
fin à l'occupation allemande du pays (novembre 1942
à mai 1943). Il est remplacé par Lamine
bey.
En 1947, Habib Bourguiba participe
à la création du Comité de libération du
Maghreb au Caire et favorise en 1948 la constitution de
l'Union générale des travailleurs tunisiens (UGTT).
En août 1950, le bey forme un gouvernement auquel participe
le secrétaire général du Néo-Destour. Habib
Bourguiba présente un programme invitant la France à
lâcher prise. Les nationalistes s'élèvent
vivement contre l'affirmation, le 15 décembre 1951, par
le gouvernement français «du caractère
définitif du lien qui réunit la Tunisie à la
France»; face aux atermoiements de Paris, Bourguiba se
résout à la confrontation et encourage la
résistance armée. Il est une nouvelle fois
arrêté en janvier 1952, alors que les nationalistes ont
commencé la lutte armée.
En 1954, les choses changent
brusquement avec l'arrivée de Pierre Mendès France
à la présidence du Conseil : la France consent à
négocier avec les nationalistes. Dans un discours
prononcé à Carthage, le 31 juillet 1954, Mendès
France s'engage à accorder l'autonomie interne;
celle-ci fait l'objet des conventions signées, le 3
juin 1955, avec le gouvernement Tahar ben Ammar. Le
20 mars 1956, un protocole abolit le traité du Bardo
et reconnaît l'indépendance de la Régence. Le
Néo-Destour obtient 95 % des suffrages aux élections
d'avril 1956. Devenu chef du gouvernement, Habib Bourguiba
brise l'opposition de Salah ben Youssef (1956-1957),
écarte Lamine bey et, le 25 juillet 1957, proclame la
République tunisienne dont il devient le premier
président.
Thèmes associés
La Tunisie indépendante
Bourguiba met sur pied un régime qui
se veut à la fois moderniste (laïcisation de
l'enseignement, promulgation du Code du statut personnel avec
interdiction de la polygamie et déclaration de
l'égalité entre les hommes et les femmes...),
libéral (reconnaissance des libertés fondamentales) et
socialiste (réforme agraire, développement
planifié).
Les relations avec la France sont tout
d'abord difficiles comme le révèle, en 1961,
l'affaire de Bizerte - dernière base
militaire française en Tunisie - qui est
finalement évacuée par les troupes françaises, le
15 décembre 1963. Néanmoins, passé les
premiers temps de l'indépendance, sa politique suscite
la montée des mécontentements. Une nouvelle série
de nationalisations de terres de colons en 1964 provoque la
suspension de l'aide financière. En septembre 1964, le
dinar doit être fortement dévalué.
Réélu président le
8 novembre, Habib Bourguiba est critiqué par les pays
arabes pour ses positions modérées envers
Israël. Les
relations diplomatiques avec l'Egypte sont rompues en octobre
1967, puis avec la
Syrie en mai
1968. La détérioration des rapports entre le Parti
socialiste destourien (PSD) et l'UGTT aboutit à
l'arrestation et à la condamnation, en janvier 1966,
d'Habib Achour (1913- - 1999), secrétaire
général du syndicat. Le projet
d'accélération de la réforme agraire provoque
un mécontentement généralisé. En novembre
1969, le Premier ministre Ahmed Ben Salah est déchu et exclu
du parti.
Après la réélection de
Bourguiba, le 2 novembre 1969, le Premier ministre Baghi
Ladgham met fin à la réforme agraire, augmente les
salaires des ouvriers et abaisse les prix. Habib Achour retrouve
ses fonctions de secrétaire général de l'UGTT.
A partir de 1970, la Tunisie se rapproche de nouveau des pays
arabes. (Fidèle à ses engagements envers le peuple
palestinien, la Tunisie sera une terre d'accueil pour les
dirigeants de l'OLP de 1982 à 1993). En mai 1970, Ahmed
Ben Salah est condamné à dix ans de travaux
forcés. En juin, Hedi Nouira est nommé à la
tête du gouvernement.
Au congrès d'octobre 1971, les
libéraux l'emportent mais sont écartés du
bureau politique. Leur dirigeant, le ministre de
l'Intérieur Mestiri, est exclu du parti en janvier 1972.
En janvier 1974, Habib Bourguiba et le colonel Kadhafi
décident de fusionner la Tunisie et la Libye. Le projet est
annulé en mars, et le ministre des Affaires
étrangères Masmoudi est écarté du
gouvernement. L'agitation étudiante quasi permanente est
sévèrement réprimée en avril 1974. Le
congrès du PSD abandonne, en septembre, la ligne
libérale. Elu président à vie du PSD, Habib
Bourguiba fait exclure les opposants et adopter le système
du parti unique. Réélu le 3 novembre 1974, il est
élu, en mars 1975, chef de l'Etat à vie. Mais les
crises, dès lors, se succèdent.
Pour enrayer l'agitation sociale
engendrée par la crise économique, le gouvernement,
l'UGTT et le patronat signent, en janvier 1977, un pacte
sans grands effets. L'UGTT déclenche, le 26 janvier
1978, une grève générale qui
dégénère en une émeute, brutalement
réprimée par l'armée. Les principaux
responsables du syndicat sont arrêtés et Habib Achour
est condamné à dix ans de travaux forcés; il sera
gracié en 1979 et assigné à résidence.
En avril 1980, Mohammed M'Zali est nommé Premier
ministre et secrétaire général du PSD. Les
dirigeants de l'UGTT et les membres du Mouvement
d'unité populaire (MUP) condamnés sont
amnistiés (à l'exception de Ben Salah) en 1981. Au
congrès du PSD d'avril 1981, Bourguiba affirme les
droits des syndicats à l'autonomie et annonce une
évolution vers le multipartisme.
Le 1
er
novembre, le Front national,
constitué entre le PSD et l'UGTT, obtient la totalité
des sièges et, le 8 novembre, Mohammed M'Zali est
confirmé dans ses fonctions.
Le multipartisme est instauré en novembre 1983. La
hausse du prix des produits de première nécessité
provoque, début 1984, de graves émeutes. Bourguiba annule
les hausses pour restaurer le calme. En décembre 1984, Habib
Achour redevient secrétaire général de l'UGTT.
La répression s'abat en 1985 sur l'UGTT. En 1987, deux
militants du Mouvement de la tendance islamique (MTI) sont
condamnés à mort.
L'après-Bourguiba
Déclaré «médicalement
empêché», le président Bourguiba est
destitué, le 7 novembre 1987, et remplacé par le
général Zine el-Abidine Ben Ali, nommé un mois plus
tôt Premier ministre. Doté de nouvelles structures, le
PSD devient le Rassemblement constitutionnel démocratique
(RCD) et un processus de renouvellement des dirigeants est
engagé.
La Constitution abolit les dispositions
relatives à la présidence de la République à
vie et des mesures d'amnistie sélectives sont prises. Le
2 avril 1989, Ben Ali, candidat unique, est élu
président de la République et le RCD obtient la
quasi-totalité des sièges à l'Assemblée
nationale. De graves incidents se produisent, le 8 mai 1991, sur
le campus universitaire de Tunis: deux étudiants sont
tués.
Le 22 mai, un projet de complot de
l'organisation islamiste Ennahda, visant à assassiner le
président Ben Ali, est découvert. Cinq auteurs de
l'attaque sanglante (17 février) contre un local du RCD
en plein centre de Tunis sont exécutés le 9 octobre.
Plusieurs milliers d'islamistes sont arrêtés en
1991-1992. En juin 1992, la Ligue tunisienne des droits de
l'Homme (LTDH) est dissoute. 279 islamistes sont
jugés au cours de deux procès, en juillet-août,
pour le complot découvert en 1991: les principaux dirigeants
d'Ennahda, dont certains sont en fuite, sont condamnés
à la prison à perpétuité. Cependant, la
libéralisation de l'économie et les efforts en
faveur du développement économique se poursuivent.
Reconduit dans son mandat pour cinq ans
en 1994, le président Ben Ali a renforcé son
emprise sur l'Etat et continue à répondre à la
montée islamiste par une implacable répression. La
modification du code électoral a permis aux partis
d'opposition de siéger à l'Assemblée, mais
aux élections municipales de 1995 l'opposition n'a
obtenu, dans l'ensemble du pays, que 6 sièges sur
4090.
Enfin, bien que les autorités
officielles de l'Etat tunisien affirment l'attachement du
président Ben Ali «à l'indépendance de
la justice et au respect des principes de l'état de droit,
des valeurs des droits de l'homme et des conventions et accords
internationaux y afférant», de nombreuses organisations
internationales dénoncent des «violations graves et
systématiques des droits de l'homme et des libertés
fondamentales».
Ainsi, les journalistes ou intellectuels
qui émettent des critiques à l'égard du
régime sont immédiatement poursuivis pour «diffusion
de fausses nouvelles de nature à troubler l'ordre
public» et «diffamation des corps constitués».
Dans son rapport annuel sur la liberté de la presse dans le
monde, au chapitre «Tunisie», l'organisation
Reporters sans frontières note d'ailleurs : «La
censure est un élément fondamental de l'Etat policier
mis en place par le président Ben Ali. Toute information
susceptible de constituer une critique du régime est, de
faite, interdite, même dans les secteurs qui semblent
éloignés des enjeux du pouvoir. Le verrouillage du
système est fondé sur la peur et la corruption.»
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