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Dossier(s) : Personnages > Personnages Epoque Moderne > Calvin, Jean Noyon (Picardie), 1509 - Genève, 1564 © Hachette Livre et/ou Hachette Multimédia
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Jean Calvin (Jean Cauvin)
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La conversion et la fuite
Réformateur et écrivain. Né un quart de siècle après Luther, Jean Calvin est le plus célèbre parmi ceux des réformateurs qui cherchèrent à organiser et à structurer théologiquement la nouvelle Eglise. Souvent associé à son prédécesseur en tant que fondateur du protestantisme, il a sans doute, plus que le moine de Wittenberg, donné de la religion réformée une image de rigueur, voire d'ascétisme.
Sur le plan littéraire, Calvin, en écrivant ou en traduisant ses œuvres en français, est l'un des premiers écrivains importants dans cette langue, qu'il choisit parfois pour faciliter la propagation de ses idées.
Jean Calvin naquit le 10 juillet 1509 ; il était le fils du procureur fiscal de l'évêque de Noyon - le nom sera par la suite calqué sur le latin Calvinus. L'enfant, que son père destinait à la prêtrise, fut dès 1521 pourvu de deux bénéfices ecclésiastiques. Jean Calvin reçut d'abord une formation d'humaniste ; il effectua des études de lettres et de philosophie aux collèges de la Marche et de Montaigu à Paris, puis de droit à Orléans, où il rencontra Pierre de L'Estoile ; en 1529, il se rendit à Bourges, attiré par les cours de droit d'Andrea Alciati. C'est vers 1530 qu'il écrivit, en latin, sa première œuvre, un commentaire du De clementia, de Sénèque (publié en 1532).
A la mort de son père, Calvin revint à Paris, et, passionné par les controverses théologiques, il adhéra vers 1533 aux idées de la Réforme protestante, initié par son cousin Olivétan et les érudits Lefèvre d'Etaples, Guillaume Budé et Nicolas Cop, alors recteur de l'Université de Paris. Il participa à la défense de l'ouvrage de Marguerite de Navarre Miroir de l'âme pécheresse. Condamné par le parlement après l'affaire des Placards, il dut quitter Paris ; avant de s'enfuir à Bâle en janvier 1535, il revint à Noyon résigner ses bénéfices ecclésiastiques.
Il passa quelque temps à Ferrare, chez la duchesse Renée de France, puis, en 1536, après un séjour à Bâle - où il publia la première version, en latin, de son Institution de la religion chrétienne -, il se rendit à Genève, vieille cité épiscopale dont le Conseil venait de décider l'adhésion au protestantisme ; à la demande de Guillaume Farel, il s'y installa. Nommé professeur de théologie et pasteur, Calvin chercha à réformer les mœurs et la doctrine ; il voulut obliger chaque Genevois à adhérer à une profession de foi, qu'il avait lui-même rédigée. Sa conception de la société, dans laquelle l'Eglise a la prééminence sur les autorités civiles, aboutit au conflit avec le Conseil des Deux-Cents (conseil de la ville), et il fut banni, ainsi que Farel (23 avril 1538).
Il partit alors pour Strasbourg, où il seconda, de 1538 à 1541, le réformateur Martin Bucer, et où il élabora la deuxième version de son Institution de la religion chrétienne. En 1540, il épousa Idelette de Bure, veuve et mère de trois enfants, dont il eut un enfant mort-né, et qui mourut elle-même en 1549.
Le réformateur de Genève
Rappelé à Genève en 1541, en même temps que Farel, il posa néanmoins ses conditions ; dès son retour, le 13 septembre, il présida de fait aux destinées de la cité, même s'il n'avait d'autre fonction que celle de pasteur, et il exerça jusqu'à sa mort un véritable magistère moral.
Ses conceptions politiques s'étant entre-temps précisées, il put alors mettre en œuvre son programme : il fit adopter les Ordonnances qui régirent dès lors le statut religieux de Genève (20 novembre 1541). Puis il fit instituer un consistoire, organisme composé de pasteurs et de laïcs (ou «anciens»), destiné, selon Calvin, à « régler les mœ » ; sans juridiction civile, le consistoire avait cependant la possibilité de prononcer l'excommunication. A l'intention des bourgeois de la ville, il rédigea le Catéchisme de Genève (1542) et une confession de foi obligatoire en vingt et un articles. Il parvint ainsi à imposer une discipline que ses contemporains décrivirent comme assez stricte, dans un contexte parfois difficile : soutenu par des réfugiés protestants venus de France et d'Italie, Calvin dut combattre l'influence des grandes familles genevoises (Perrin et Berthelier notamment).
Défendant son œuvre par la polémique, mais aussi par la force, il fit exiler son ancien ami Castellion, directeur du Collège de Genève (1541), avec d'autres adversaires. Cette affaire renforça définitivement l'autorité de Calvin, et Genève succéda alors à Wittenberg, la ville de Luther, comme capitale spirituelle du protestantisme et cité refuge.
Le réformateur genevois se montra conservateur sur de nombreux points : en astronomie, il pensait que la Terre était au centre de l'univers ; au sujet des femmes, il les jugeait «une partie et un accessoire» de l'homme, puisque Ève avait été créée à partir d'une côte d'Adam ; ses conceptions religieuses peuvent d'ailleurs elles-mêmes être analysées comme un retour vers un ordre
L'affaire Michel Servet
Parmi les correspondants de Calvin
figurait
Michel Servet, un
Espagnol aux idées teintées de panthéisme. Calvin
cessa de correspondre avec lui très tôt, mais Servet
continuait de lui envoyer ses réflexions, y compris le texte
latin de sa Restitution du
christianisme,
dirigé en partie contre le Genevois.
Lorsque Servet fut inquiété
par l'inquisiteur français Mathieu Ory, Calvin fournit
à ce dernier sa correspondance, afin d'éclairer les
juges. En 1553, Servet s'étant évadé, il passa
par Genève, où Calvin se prononça en faveur de sa
condamnation. Servet fut brûlé vif.
En janvier 1554, Calvin jugea
nécessaire de publier Defensio orthodoxae fidei de sacra
trinitate, aussitôt traduit en français (Déclaration
pour maintenir la vraie foi que tiennent tous chrétiens de la
Trinité des personnes en un seul Dieu. Contre les erreurs de
Michel Servet Espagnol), où il justifiait la condamnation des
hérétiques à la peine suprême. Calvin
reçut l'appui de la plupart des réformateurs, mais il
subit aussi les attaques de Castellion.
Les dernières années
Dans les années 1550,
l'autorité de Calvin fut contestée, notamment par les
grandes familles genevoises. La tension culmina avec les incidents
du 16 mai 1555, au cours desquels Ami Perrin brutalisa le
syndic de Genève ; Perrin put s'enfuir et fut
condamné à mort par contumace, certains de ses amis
étant, eux, exécutés.
Calvin prit encore parti pour les
réformés français de la rue Saint-Jacques
persécutés par
Henri II
(1557). En 1559, son effort d'organisation religieuse aboutit
au synode de Paris, qui réunit les représentants de
diverses branches de la Réforme et qui publia quarante
articles résumant la doctrine réformée ; il se fit
représenter au colloque de Poissy par Théodore de
Bèze, qui adopta une attitude intransigeante.
Calvin fut avant tout un homme de combat
car, pour faire triompher le protestantisme et le discipliner, il
eut besoin de la plus grande énergie, et même de
l'intransigeance et de la rigueur les plus strictes.
A trente ans, son aspect était celui
d'un vieillard : le visage maigri, osseux, les lèvres
minces, les cheveux blancs ; il était en proie à des
souffrances physiques, et notamment à des maux de tête
continus. Il s'éteignit le 27 mai 1564, à
Genève.
Les œuvres de Calvin
En mettant la littérature au service
de la théologie, Calvin en a élargi le domaine. Son
œuvre se caractérise par la sévérité de la
composition, l'enchaînement logique des raisonnements, et,
en même temps, l'aisance de la pensée. Sa phrase
prend encore pour modèle la période latine, mais elle est
dégagée des embarras de la syntaxe. L'Institution de
la religion chrétienne est ainsi l'ouvrage qui, avant le
Discours de la Méthode, de
Descartes, a le
plus contribué à fixer la prose française.
L'œuvre de Calvin, soit les cinquante-neuf volumes du
Corpus reformatorum, est pour les neuf dixièmes écrite en
latin, pour un dixième en français.
L'Institution de la religion
chrétienne
A Bâle, Calvin rédigea la première version
de son œuvre majeure, l'Institution de la religion
chrétienne, qui parut en 1536 en latin (Christianae
religionis institutio), imprimée par Thomas Platter et
Balthasar Lasius. Les versions françaises de 1541 à
1553 furent imprimées par Jean Girard (ou Gérard),
à Genève. Il y eut pas moins de vingt-quatre
éditions publiées du vivant de l'auteur, ce qui
atteste du succès de l'entreprise ; on en distingue
trois séries, qui se partagent ainsi : première
édition en latin en 1536 de laquelle il n'existe pas de
traduction ; versions révisées en latin de 1539, 1543
et 1550, traduites en français respectivement en 1541, 1545
et 1551 ; enfin, version définitive de 1559 en latin,
traduite en 1560.
L'exposé de la doctrine
religieuse
L'ouvrage, qui contenait au départ six chapitres,
en compte vingt-quatre dans son ultime version, qui est
divisée en quatre livres.
-
Le premier livre a pour objet «de
connaître Dieu en titre et qualité de créateur
et souverain gouverneur du monde» ;
-
Le deuxième traite «de la
connaissance de Dieu en tant qu'il s'est montré
Rédempteur en Jésus-Christ, laquelle nous a
été manifestée en l'Evangile» ;
-
Le troisième, «de la
manière de participer à la grâce de
Jésus-Christ,
des fruits qui nous en reviennent et des effets qui s'en
suivent» ;
-
Le dernier, «des moyens
extérieurs ou aides, dont Dieu se sert pour nous conduire
à Jésus-Christ, son fils, et nous retenir en
lui».
Un dessein politique
Avec cet ouvrage qu'il ne cessa de remanier, Calvin
souhaitait donner un exposé de la nouvelle foi, et son livre
fait suite aux Catéchismes de Luther, et à des
œuvres de Melanchthon (Loci communes theologicarum, 1521),
Farel (Summaire briefve declaration d'auscuns lieux fort
necessaires à ung chrestien, 1525) ou Zwingli (Commentarius de
vera et falsa religione, 1525). En le publiant pour la
première fois deux ans après l'affaire des Placards,
Calvin avait également une intention politique qu'il
exposa dans son Epître au roi, qui ouvre les premières
versions de 1536, 1539 et 1541 ; s'adressant à
François I
, il y exprime l'espoir que le roi
connaisse «quelle est la doctrine, contre laquelle d'une
telle rage, furieusement sont emflambez ceux qui
par feu et par glaive troublent aujourd'hui Royaume»
; Calvin espérait en effet que le roi distinguerait nettement
les protestants des «anabaptistes et gens seditieux, qui par
leurs resveries et fausses opinions renversoyent non seulement la
religion, mais aussi tout ordre politique» (préface au
Commentaire sur les Psaumes, 1558). Il appelait
François I
er
à plus de clémence envers ses
seuls coreligionnaires.
Mais le but politique de Calvin ne fut
pas atteint. Son livre fut interdit par un édit du parlement
de Paris le 1
er
juillet 1542, soit après la
parution de la version française - pour les
théologiens, l'utilisation du français
dénotait une évidente volonté subversive puisque
l'auteur s'adressait ainsi au peuple, et non plus
seulement aux seuls érudits. Les exemplaires saisis furent
brûlés sur le parvis de Notre-Dame de Paris.
Les autres ouvrages
En 1534, Calvin publia Psychopannychia, un traité sur
le sommeil de l'âme. L'année suivante, il
participa à la publication de la Bible d'Olivétan.
Publié en 1541, son Petit Traité de la sainte Cène
traite notamment des divergences entre Luther, Zwingli et lui
à propos de la signification de l'eucharistie et de la
présence ou non du Christ dans la célébration de
la Cène.
En 1544, il publia sa Brève instruction pour armer
tous bons fidèles contre les erreurs de la secte commune des
anabaptistes. Dans cet ouvrage autant religieux que politique,
Calvin se montre un partisan de la rigueur contre les
anabaptistes, dont il juge les idées particulièrement
erronées en matière religieuse, et dont il condamne les
conceptions sociales, notamment leur communisme archaïque
qui interdirait à un chrétien «de posséder ni
maison, ni jardin ni aucun héritage».
Citons encore : le Catéchisme de
Genève (1542) ; Traité des reliques (1543) ; Petit
Traité montrant que c'est que doit faire un homme
fidèle connaissant la vérité de l'Evangile,
quand il est entre les papistes (1543), dirigé contre les
néoplatoniciens
; Contre la secte fanatique et furieuse des libertins qui se
nomment spirituels (1545) ; Avertissement contre l'astrologie
qu'on appelle judiciaire (1549).
Son Excuse à messieurs les
Nicodémites (1549) vise ceux qui cachent leur sympathie pour
la foi réformée - selon l'évangile de
Jean, Nicodème venait visiter Jésus de nuit ;
l'ouvrage est une critique des idéaux humanistes
néoplatoniciens, et indique le détachement
définitif de Calvin par rapport aux idées humanistes.
Des scandales qui empêchent aujourd'hui beaucoup de gens
de venir à la pure doctrine de l'Evangile, et en
débauchent d'autres (1550) est dirigé contre
Rabelais, en qui
Calvin voyait un individu grossier et méprisable.
En outre, environ mille cinq cents
sermons, parmi ceux que Calvin a prononcés, ont été
conservés, ainsi qu'une volumineuse correspondance.
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